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Henri Michel: “Les Lions sont moins guerriers qu’en 1998” Version imprimable Suggérer par mail
Date de publication : 10-11-2007

À deux mois de la CAN 2008, le nouveau sélectionneur national nous explique les raisons de son retour, évalue les chances du Maroc dans la compétition africaine et revient sur sa première expérience à la tête des Lions de l’Atlas.

 



Pensez-vous que le tirage au sort de la CAN soit à l’avantage de la sélection marocaine ?
Je suis d’abord soulagé de savoir que nous allons jouer les trois matchs du premier tour à Accra. Contrairement aux autres villes choisies pour la compétition, la capitale dispose d’un stade de qualité, de terrains
d’entraînements aux normes et d’hôtels convenables. C’est une bonne chose pour nous. Quant au tirage au sort lui-même, on ne peut pas prétendre - comme on l’a entendu ici et là - que notre groupe est facile à aborder. Le Ghana, qui va évoluer devant son public, fait partie des favoris naturels de la CAN. La Guinée pratique un football solide et efficace, avec des individualités de grande qualité. Et puis il y a la Namibie, que nous venons certes de battre à Rabat, mais qui pourrait avoir l’esprit revanchard…

Quelles sont les chances du Maroc pour cette CAN ?
Disons que nous avons autant de chances que tous les autres participants. Vous savez, aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus de petites équipes en Afrique. Ce serait une hérésie de dire que nous atteindrons au moins les demi-finales de cette CAN, ou que nous allons remporter le titre. Pour le moment, il faut garder les pieds sur terre et se concentrer sur notre préparation et surtout le premier match (contre la Namibie), qui est capital dans ce type de compétition.

Comment va la préparation du onze national ?
Malheureusement, nous n’avons pas une marge de manœuvre suffisante, sachant que le calendrier de la FIFA laisse peu de places aux matchs amicaux. Nous allons donc nous contenter de deux rencontres de préparation : une première contre la France, le 16 novembre, et, si tout va bien, une seconde contre le Sénégal, la semaine suivante. Il n’y a pas de secret, on va devoir compter sur la qualité et le professionnalisme des joueurs pour arriver à trouver très vite l’homogénéité qui nous manque.

Prendre en main cette équipe, à quelques mois seulement de la CAN, n’est-il pas un pari risqué ?
Sincèrement, je n’y ai jamais pensé. Quand on m’a sollicité, je n’ai pas hésité une seconde, pour la simple raison que j’avais très envie de répondre par l’affirmative. Et puis, lorsque vous exercez ce métier, il ne faut pas avoir peur des paris, des challenges. Bien au contraire.

Comment vous êtes-vous retrouvé à nouveau à la tête des Lions de l’Atlas ?
C’est très simple. Après mon départ du Zamalek (Egypte), j’étais libre. Les responsables marocains m’ont fait une proposition, que j’ai acceptée. Voilà.

Il se dit que Noureddinne Naybet est pressenti pour être votre adjoint…
C’est une mauvaise interprétation de mes paroles. Lorsque je suis arrivé au Maroc, j’avais dit qu’il faudrait faire profiter l’équipe nationale de l’expérience de Naybet, qui pourrait nous apporter énormément. Mais à aucun moment je n’ai parlé d’un poste d’adjoint. Et il faudrait voir ce qu’en pense l’intéressé…

Il paraît qu’il n’est pas contre…
(Rires). Dans ce cas, je vais le rencontrer dès que possible.

Et pour ce qui est du reste de votre staff ?
Il y a du nouveau. Il y a une volonté de rajeunir l’encadrement de l’équipe et de s’appuyer sur des gens qualifiés. J’ai fait appel à un préparateur physique français avec qui j’ai travaillé au Zamalek, ainsi qu’à un entraîneur de gardiens de buts, un Marocain qui exerçait en France.

Quels sont vos objectifs avec cette équipe ?
Je le répète : le plus important pour nous reste la qualification à la prochaine Coupe du monde.

On a l’impression que vous n’accordez pas beaucoup d’importance à la CAN…
Ce que je veux dire, c’est que nous ne sommes pas obligés de réaliser un bon parcours au Ghana. Certes, je connais parfaitement l’importance de cette compétition et l’enthousiasme qu’elle engendre. Mais il faut être raisonnable. Pour construire une bonne équipe, il faut du temps et beaucoup de travail. Et puis, la Coupe d’Afrique a lieu tous les deux ans, alors que le Mondial, qui est LA compétition footballistique, se déroule tous les quatre ans.

Mais vous êtes conscient que si vous échouez lors de cette CAN, vous allez vous attirer les foudres de la rue ?
C’est tout à fait naturel, et c’est partout pareil. Lorsque vous alignez des résultats peu satisfaisants, vous en prenez plein la pipe. Le plus important, c’est de savoir ce qu’on veut exactement. Si on cherche à travailler à court terme, on n’ira pas très loin. Mais si on parie sur les moyen et long termes, on a beaucoup plus de chances de réussir. Souvenez-vous : en 1996, la sélection marocaine s’est fait quasiment lyncher parce qu’elle n’avait pas dépassé les quarts de finale à la CAN au Burkina Faso. Cela ne nous a pas empêchés de briller au Mondial, deux ans plus tard.

Si vous deviez, aujourd’hui, porter un jugement sur la qualité du onze vert et rouge…
Je ne suis pas là depuis assez longtemps pour répondre en toute objectivité à cette question. Il faudrait d’abord que je fasse plus ample connaissance avec les joueurs. Mais je suis sûr d’une chose : il y a du potentiel qui, à mon avis, n’est pas exploité à cent pour cent. Et j’espère pouvoir rectifier cela en prévision de cette CAN et des autres rendez-vous qui nous attendent. Je pense qu’on peut vraiment y arriver, sachant qu’il y a un très bon état d’esprit au sein du groupe. Et cela, c’est un facteur important.

Pourtant, au vu des derniers matchs amicaux, il y a de quoi être sceptique…
Je ne suis pas du même avis. Il y a certes un manque évident d’efficacité offensive. Durant ces deux rencontres, nous avons eu de nombreuses occasions de but, mais nous n’avons concrétisé qu’à deux reprises. Il va falloir améliorer cela. Au risque de me répéter, je dirais qu’il y a dans cette équipe beaucoup de joueurs qui ne sont pas encore à 100% de leur potentiel. Le jour où ils le seront, le Maroc pourra réaliser de très belles choses.

Justement, comment expliquer que des attaquants brillent en club, mais se montrent si discrets en sélection ?
Il y a une grande différence entre jouer en club et en sélection. Vous n’avez pas les mêmes coéquipiers, ni la même pression. Vous faites sans doute référence à Youssef Hadji et Marouane Chamakh. Si on regarde nos deux derniers matchs, Hadji a été bon contre le Ghana, mais a un peu manqué d’efficacité, comme cela peut arriver à n’importe quel joueur. Pour ce qui est du match contre la Namibie, on ne peut rien lui reprocher : il était grippé et ne s’était pas entraîné depuis dix jours. Hadji est une valeur sûre de notre équipe et quand il est bien physiquement, il peut frapper très fort. Chamakh aussi est très prometteur. Mais pour le moment, il ne confirme pas trop sur le plan de l’efficacité. Son problème, c’est qu’il est un peu trop au service de ses coéquipiers. Il faut qu’il apprenne à être plus égoïste s’il veut devenir un grand buteur.

Revenons en arrière, quels souvenirs gardez-vous de votre premier passage à la tête de l’équipe nationale (1995 - 2000) ?
Que de bons souvenirs, hormis peut être notre retour des coupes d’Afrique auxquelles nous avions participé. Mais ce dont je suis fier, c’est d’être arrivé au Maroc au moment où il n’existait quasiment plus d’équipe nationale. Nous avons réussi à reconstruire, à travers un travail de tous les jours, l’une des plus solides formations du continent africain. Je rappelle quand même qu’on n’a jamais perdu un seul match en qualification pour la CAN ni pour la Coupe du monde ; et ça, en Afrique, ce n’est pas rien. Sans oublier notre bon comportement lors du Mondial français, qui restera inoubliable pour moi, même si on méritait de passer au deuxième tour.

Mais votre palmarès à la tête de cette équipe est resté vierge…
On n’arrête pas de me demander pourquoi nous n’avons pas réussi à rééditer l’exploit de 1976, lorsque le Maroc avait remporté son unique titre africain. Mais je vous rappelle qu’à l’époque, il n’y avait que huit équipes en phase finale de la CAN. Cela n’enlève rien au mérite des joueurs de l’époque, mais le niveau de cette compétition a largement progressé depuis. Et tous ceux qui connaissent le football savent qu’il y’a de nombreux facteurs qui entrent en jeu dans ce genre de compétition : le tirage au sort, l’arbitrage, les blessures…

Est-ce que la qualité des gardiens de buts que vous aviez sélectionnés à l’époque n’a pas joué également ?
Il est évident que depuis Baddou Zaki, le Maroc n’a pas eu de grands gardiens. Malheureusement, ce problème est propre au Maroc, du fait qu’il n’y a pas de culture de gardiens de buts ni de formations adéquates. Si vous prenez par exemple un pays comme le Cameroun, ils ont toujours eu des gardiens de grande qualité. C’est presque une tradition chez eux.

Quelle différence y a-t-il entre l’équipe actuelle est celle de 1998 ?
La première, je l’ai construite pratiquement de A à Z. Nous avons grandi ensemble, nous avons fait des compétitions ensemble et nous avons vécu beaucoup de choses ensemble. Une relation extraordinaire s’était créée entre les joueurs et moi. J’étais tour à tour leur père, leur frère ou leur ami. Aujourd’hui, les choses sont différentes. J’arrive dans une équipe qui existe déjà, dont les joueurs ont un passé ensemble. C’est à moi de me fondre dans le moule et d’essayer de leur apporter mon expérience de la compétition. Je le dis toujours, c’est difficile de comparer des générations de footballeurs. Mais l’équipe de l’époque était plus guerrière que celle d’aujourd’hui. Cette dernière est parfois trop polie, trop gentille. Pour réussir dans le sport de haut niveau, il faut apprendre à être méchant de temps en temps.

Vous venez de fêter votre 60ème anniversaire. Il vous arrive de penser à la retraite ?
Absolument pas. Parce que lorsque l’on commence à y penser, c’est le début de la fin. Et tant qu’il y a de la passion, il n’y a aucune raison de s’arrêter.

TELQUEL

 
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